Il a treize ans lorsque “Astérix le Gaulois” paraît en 1961.
Lecteur solitaire, amateur de livres, PPDA est déjà un fan de Tintin quand il découvre le village des irréductibles inventé pour Pilote deux ans auparavant. La Bretagne dans l’univers d’Astérix ne lui saute pas aux yeux lors de ses premières aventures. Il faut dire qu’à ce moment, l’adolescent Patrick, pas encore PPDA, est loin de l’Armorique.
Il vit à Reims, au pays de Charlemagne, et ses origines bretonnes sont des mots, des phrases que répètent les adultes autour de lui, mais il ne leur associe aucun sens réel, juste une musique de syllabes. Plus grand, ses proches vont insister sur la fameuse loupe et la région qui s’y trouve grossie. Sa famille est du Trégor, la région de Perros-Guirec et Trégastel. Alors, les années aidant, la celtitude d’Astérix lui est apparue plus nettement. Sans que cela change, pour autant, son penchant pour les Gaulois façon Goscinny-Uderzo. Il aurait d’ailleurs tendance à préférer les gros nez de la BD aux Gaulois d’avant J.-C., parce qu’eux, on est sûr qu’ils sont résistants, un certain nombre de peuples celtes de l’époque avaient plutôt versé dans la collaboration avec le grand Jules.
“Les valeurs d’Astérix sont justement liées au principe de résistance, on peut être petit, seul et vaincre, gagner.
C’est l’éternel histoire du pot de fer contre le pot de terre.” Sauf que là, c’est le pot de terre qui gagne encore et toujours.
Message personnel : “Qu’Uderzo continue le plus longtemps possible.”


En réalité, j’avais marché sur les traces d’Astérix avant de l’avoir lu… Je suis d’un petit village situé dans les Côtes d’Armor baptisé ”La Bouillie.” Le maire de Rennes découvrira la BD en général et Astérix en particulier sur les bancs de 5ème grâce à son ami et condisciple Jean-Claude Fournier déjà fou des petits illustrés. Ce dernier deviendra dessinateur de BD, créateur de Bizu et, un temps, l’un des auteurs de Spirou. “Les valeurs bretonnes d’Astérix sont pour moi sa volonté, sa conviction, son ironie et sa générosité.”
A la question “qui seriez-vous au village ?”, Edmond Hervé répond qu’il laisse le soin aux Rennais de lui attribuer ou non un caractère dans le village d’Astérix, mais que Loïc Schwartz, dessinateur de Condate, l’a déjà caricaturé en… Astérix…
Le message personnel à l’auteur est, au-delà de la reconnaissance, l’invitation à venir s’installer définitivement en Bretagne. “Quand je serai plus âgé, et que j’aurai le temps, j’aurai une mission, je ferai des recherches archéologiques pour prouver que le village d’Astérix est bien situé sur le promontoire d’Erquy !…
Je suis breton.”


J’avais une vingtaine d’années lorsqu’Astérix est né, en 1959. J’étais plutôt concentré sur mes études, mais la culture Astérix m’en détournait régulièrement. Mon goût pour l’Histoire a trouvé dans ces bandes dessinées un terrain d’apprentissage ludique. Il m’arrive parfois de m’y replonger.”
Le président du Conseil régional de Bretagne retrouve dans Astérix des valeurs bretonnes que sont le courage, le volontarisme, l’optimisme et un certain goût de la résistance. “Mais j’y retrouve aussi un caractère un peu ombrageux et le goût du débat, poussé parfois jusqu’à l’excès.
La figure imposée de la bataille de poissons, qui est pour moi un véritable régal, en dit long sur notre aptitude à nous quereller. Dans la réalité, fort heureusement, les choses ne vont jamais aussi loin !” Pour J. de Rohan, le village d’Astérix est un concentré de rivalités politiques.
Les Armoricains d’hier et les Bretons d’aujourd’hui ont cette même capacité collective à se retrouver, à se ressouder autour de l’intérêt régional après les chamailleries. Le message personnel concerne le barde systématiquement muselé à l’instant du festin : ne faudrait-il pas enfin le libérer, la tolérance étant aussi une valeur bretonne ?…


Je lisais Astérix et Tintin sous mes draps, à la lampe de poche !” Lecteur clandestin des grandes BD des années soixante, le petit Queffélec est en rupture avec la culture familiale. A onze ans, la découverte d’Astérix est un vrai choc, un coup de foudre. Astérix est frondeur, rabelaisien, épicurien. Le collégien d’origine bretonne, du bout du Finistère, est un petit Parisien élevé dans une certaine tradition. L’esprit de rébellion du petit Gaulois lui plaît bien, le ton est nouveau, une nouvelle culture émerge. Au-delà de ses lectures nocturnes, problématiques pour ses rétines, il adhère naturellement à un certain nombre de valeurs qu’il découvre ou retrouve dans les albums d’Astérix.
“La joie de vivre, la gaieté, l’esprit de clan, l’esprit de famille des héros gaulois sont des particularités tout à fait bretonnes. La gourmandise qui transparaît dans les vignettes me correspond bien. En plus, comme ils ne mangent pas de bœuf, ils n’ont pas à modifier leurs habitudes alimentaires.” L’écrivain apprécie particulièrement l’amour de la vie dans les planches de Goscinny et Uderzo.
“Les auteurs ont su traiter tous ces sujets sans jamais sombrer dans la vulgarité. Ce qui, pour ce qui me concerne, n’a pas été le cas dans le film de Claude Zidi. Ce n’est pas l’esprit de la BD.” A la question qui seriez-vous au village ? Yann Queffélec répond par un multiple : “Parfois Assurancetourix ; lorsque je chante, les auditeurs ne semblent pas apprécier, mais j’aime chanter… parfois Astérix, quand j’ai l’impression qu’on cherche à m’affaiblir, ou bien Obélix, car j’adore manger, je pourrais enchaîner trois déjeuners et deux dîners sans difficulté, ou bien encore Abraracourcix, en prenant de l’âge, le chef de famille breton ressent plus fortement un certain esprit de clan.”


C’est à l’école des curés d’Yffiniac que le quintuple vainqueur du Tour de France a découvert Astérix et ses copains. Plongé dans les albums, c’est un peu comme s’il avait appris à lire avec Astérix. On l’imagine bien serrant ses poings rageurs pour soutenir Astérix et Obélix face aux envahisseurs. En vrai Breton, Bernard Hinault est un fan du petit Gaulois,”héros celte par excellence”, qui se rebelle contre César. La résistance, la rébellion sont des valeurs trop bretonnes pour que les irréductibles ne soient pas ses amis. “Astérix se bat pour la défense des siens, c’est un combattant de la liberté qui a toujours le sens du partage”, des valeurs essentielles pour un grand champion. Hinault (dit le “Blaireau”, surnom que ses congénères cyclistes lui avaient donné pour stigmatiser leur jalousie lorsque sa mâchoire inférieure se crispait dans le désir d’arracher les victoires) n’oublie pas d’y associer quelques défauts pour parfaire la panoplie : “Il est teigneux, soupe au lait, et tout cela fait de lui un… gagneur !”
Message personnel à Albert Uderzo et à la mémoire de René Goscinny : “Qu’il continue encore longtemps, pour que les enfants - et les autres - puissent lire et relire, et continuer de se faire plaisir. Lire une BD d’Astérix, c’est du temps en moins devant les écrans de consoles !…”


Elève du lycée Voltaire à Paris, le futur barde que nous connaissons bien découvre les aventures d’Astérix avec les scouts bretons. “Je me suis immédiatement intéressé à Astérix par le biais de l’Histoire. Fâché avec les Romains depuis toujours pour ce qu’ils ont fait à la Bretagne, je me suis amusé à découvrir cette interprétation humoristique de l’Histoire bretonne.” Originaire de Gourin, en Haute-Cornouaille, la famille “Cochevelou”, qu’on écrirait en breton “Kozh Stivelloü”, est fière du sens de son nom : “vieille source !”
La valeur la plus bretonne d’Astérix serait certainement pour l’inspirateur de la tribu de Manau le fait qu’Astérix résiste envers et contre tous. “Mais, au fond, les Bretons sont têtus comme les… Gaulois.” Sur un plan artistique, Alan Stivell retient la qualité inouïe du dessin et la joie de vivre qui se dégage des personnages, “le feeling amical“ qui ressort d’Astérix. “L’art, au bout du compte, c’est donner cette pêche aux gens.” Mais, il a un message personnel pour l’auteur d’Astérix : “tu ne voudrais pas créer un nouveau personnage dans le village d’à côté, un barde qui chante juste, Stivelix par exemple !…"


Astérix ne souffre pas de ce que certains analystes ont baptisé le syndrome d’Astérix. Astérix, c’est tout le contraire du repli sur soi-même, d’un certain isolationnisme, du refus du monde extérieur…” Par ce discours protestataire, le grand Michel-Edouard dorlote le souvenir du petit Michel qui refuse qu’on abîme ses lectures de jeunesse. Landerneau, Finistère, les années soixante. Le fils d’Edouard, le célèbre “épicier”, est un fan de BD bien loin des facings d’hypermarchés.
Il lit Zig et Puce, chipé dans la bibliothèque familiale, Bibi Fricotin, Popeye et Tintin. Lorsque arrive le phénomène Astérix, le jeune Michel accepte mieux le combat paternel.
Voilà enfin le héros auquel les petits Bretons peuvent s’identifier. Point de reporter belge, de héros américains sans point d’ancrage avec sa vie, Astérix est un vrai héros pour lui, toute référence esthétique écartée. L’anti-héros voulu par Goscinny et Uderzo est perçu comme un vrai héros de la nouvelle génération. Michel-Edouard, le grand, insiste sur un point, en fait la seule pomme de discorde entre Astérix et lui la localisation du village ! “C’est faux, le village n’est pas là où le situe la loupe. Il est situé, en réalité, dans le Finistère.
A Landerneau, précisément !” Plus pragmatique, “les valeurs d’Astérix liées à la Bretagne sont avant tout la combativité, la ténacité, la générosité et la résistance”… Il relève que le petit Gaulois et ses copains combinent dans l’esprit de leurs auteurs à la fois l’enracinement aux coutumes d’un terroir au cosmopolitisme le plus éclairé. Dans la famille Leclerc, Michel-Edouard aurait assez bien vu son père tenir le rôle druide quand lui jouerait avec délice la partition d’Astérix.