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André Santini*
Je me souviens que, gamin, l'instruction était la seule divinité révérée à la maison. C'est de là, sans doute, que me sont venus le goût et le plaisir des livres. Les rêves de merveilleux voyages à travers les siècles entre Alésia et Gergovie, Pavie et rocroi, Erfurt et Presbourg, Verdun, le Somme. tour à tour, fantassin, soldat de l'an II, grenadier, poilu ou vélite. On finit forcément, un jour, par se prendre pour Zorro... ou Astérix. M'y voilà... puisqu'on me demande de commenter cette vignette inédite. Est-ce à la Gaule racontée par les Gaulois que je dois cette faveur? Je préfère ne pas y croire et soupçonne plutôt que c'est mon profil obélixien qui m'autorise ce privilège. Tout me va, en vérité.
Dans mon bureau, à la mairie d'Issylémix, un Obélix en mousse me tient lieu de cerbère... et d'ange gardien : il me vient du jury du prix de l'humour politique. Les Romains en visite n'ont qu'à bien se tenir !
C'est que j'éprouve pour l'univers d'Uderzo et Goscinny une tendresse particulière. J'ai toujours pensé qu'il y avait du Santinix en moi ! Peuple bigarré, agités, vaniteux, loquaces, peu sociables, souvent hospitaliers, cultivant à l'envi le goût du débat, les Gaulois nous ressemblent. Héros par excellence, frondeur, rabelaisien, épicurien, moqueur, bon vivant, facécieux et bagarreur, Astérix, en particulier, ne m'est pas complètement étranger.
Regardez-le se battre à mains nues contre ce quateron de Romains surarmés. N'est-ce pas l'exacte métaphore du combat d'un maire contre les Romains de l'administration centrale ? La malice t le courage en sortiront vainqueurs. La morale est sauve.
On m'objectera qu'Astérix est dopé. Soit ! Je répondrait que ma potion magique à moi, c'est le suffrage des électeurs. J'hésite à en reprendre une louche...
Allez ! Servez-moi une cervoise et un sanglier rôti, et j'y verrai plus clair.
*Ancien ministre, député-maire des Hauts-de-Seine.
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